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Rapport (2005-2006) de l’Office d’évaluation des politiques de santé (OPEPS).
La prévention et la prise en charge de l’obésité
Rapport d’information n° 8 de M. Gérard DÉRIOT
[ cliquer Sur le site du Sénat. ]

lundi 9 octobre 2006, par Gérard DÉRIOT

 

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Rapport d’information n° 8 (2005-2006) de M. Gérard DÉRIOT, fait au nom de l’Office d’évaluation des politiques de santé, déposé le 5 octobre 2005
-  disponible en une seule page HTML (851 Koctets)
-  disponible au format Acrobat (2,7 Moctets)

Table des matières :

TRAVAUX DE L’OFFICE PARLEMENTAIRE D’ÉVALUATION DES POLITIQUES DE SANTÉ (OPEPS)

-  LES DIFFICULTES DE LA LUTTE CONTRE L’OBESITE

UNE AUGMENTATION RAPIDE LIEE A UNE MULTIPLICITE DE FACTEURS

Une augmentation générale mais particulièrement sensible dans la population la plus précaire De nombreux facteurs d’explication aux interactions complexes

LES LIMITES DES POLITIQUES DE PREVENTION ET DE PRISE EN CHARGE

Les multiples facettes de la prévention

La justification économique de la prévention

Les obstacles à la prise en charge des malades

-  COMMENT RENDRE PLUS EFFICACE LA POLITIQUE DE LUTTE CONTRE L’OBÉSITÉ

PRENDRE EN COMPTE L’ENSEMBLE DES FACTEURS FAVORISANT L’OBÉSITÉ

Un approfondissement des connaissances et de la détection des signes précoces de l’obésité Une meilleure prise de conscience du rôle de la distribution et de l’industrie agro-alimentaire

Un mode de vie plus favorable à l’activité physique

RENFORCER LES PARTENARIATS ENTRE LES DIFFERENTS INTERVENANTS DE LA LUTTE CONTRE L’OBESITE

Une meilleure coordination entre les professionnels pour une prévention plus efficace

Un accroissement de la recherche interdisciplinaire

Un pilotage mieux affirmé de la politique de lutte contre l’obésité

-  RÉUNIONS DE L’OFFICE

o COMPTE RENDU DE LA RÉUNION DU MARDI 27 SEPTEMBRE 2005

o COMPTE RENDU DE LA RÉUNION DU MARDI 4 OCTOBRE 2005

-  ÉTUDE DE L’INSERM - OBÉSITÉ : BILAN ET ÉVALUATION DES PROGRAMMES DE PRÉVENION ET DE PRISE EN CHARGE

o AVANT-PROPOS

o 1 - DONNÉES ÉPIDÉMIOLOGIQUES

o 2 - DÉTERMINANTS BIOLOGIQUES ET COMPORTEMENTAUX

o 3 - DÉTERMINANTS ÉCONOMIQUES ET ENJEUX DE LA PRÉVENTION

o 4 - COÛT DE LA MALADIE

o 5 - PROGRAMMES ET ACTIONS DE PRÉVENTION AU PLAN INTERNATIONAL

o 6 - PROGRAMMES ET ACTIONS DE PRÉVENTION EN FRANCE

o 7 - RECOMMANDATIONS ET GUIDES AU PLAN INTERNATIONAL

o 8 - PRISE EN CHARGE CHEZ L’ENFANT EN FRANCE

o 9 - PRISE EN CHARGE CHEZ L’ADOLESCENT EN FRANCE

o 10 - PRISE EN CHARGE CHEZ L’ADULTE EN FRANCE

o 11 - RECHERCHES AU PLAN INTERNATIONAL

o 12 - RECHERCHES EN FRANCE

o DEVELOPING NATIONAL OBESITY PREVENTION POLICIES : AN INTERNATIONAL PERSPECTIVE

o PRINCIPAUX CONSTATS ET PRINCIPES D’ACTIONS


Quelques extraits

L’Office parlementaire d’évaluation des politiques de santé (OPEPS), instance de réflexion commune aux deux assemblées, a pour mission d’éclairer les décisions du Parlement en matière de santé publique et de contribuer ainsi au suivi des lois de financement de la sécurité sociale.

Le Sénat ... a souhaité que l’étude menée par l’OPEPS puisse s’appuyer pour la première fois sur un tableau complet et pluridisciplinaire de l’obésité en y incluant non seulement les aspects médicaux mais également épidémiologiques, économiques ou sociologiques, et en y associant aussi bien des praticiens que des acteurs du monde institutionnel ou de la recherche.

Les constats effectués par les experts (de l’Inserm) ouvrent de fait de nombreuses pistes de réflexion. Les parlementaires, et notamment ceux membres de l’OPEPS, s’en inspireront pour proposer, à l’occasion des prochains rendez-vous législatifs, une amélioration de la prévention et de la prise en charge d’une maladie dont la progression est actuellement inquiétante. Ils se fonderont également sur cette étude pour alerter la population, mais également les pouvoirs publics et les très nombreux acteurs concernés, sur l’ampleur et la gravité du phénomène de l’obésité.

La fréquence de l’obésité en France est en forte augmentation : elle est passée, en 5 ans, de 8 à 11 % chez les adultes et d’un peu plus de 2 à 4 % chez les enfants et les adolescents. Cette évolution, particulièrement sensible au cours des dernières années, présente la caractéristique de toucher la population dans son ensemble, c’est à dire toutes les générations, quels que soient l’âge et le sexe des individus concernés.

La France n’est pas un cas unique, puisque un mouvement très similaire est actuellement constaté dans la plupart des pays d’Europe occidentale. Seuls les Etats-Unis connaissent une « avance » dans le processus, le nombre d’obèses y représentant aujourd’hui 30 % de la population d’adultes.

Si l’augmentation de l’obésité est bien générale, sa fréquence varie néanmoins en fonction d’un certain nombre de critères. Ainsi, le niveau socioéconomique semble déterminant :

-  la population ayant atteint un niveau d’éducation supérieur compte 3 fois moins d’obèses que celle qui n’a pas dépassé le niveau primaire ;

-  de la même façon, les cadres et professions libérales comptent 2 fois moins d’obèses que les artisans et commerçants.

Cet accroissement de la fréquence de l’obésité a naturellement des conséquences en termes de risques de santé.

Ainsi, l’obésité est devenue un déterminant majeur pour les maladies et accidents cardiovasculaires, le diabète, l’hypertension artérielle ou les hyperlipidémies ; elle est un facteur de risque aggravé pour certains cancers.

Par ailleurs, elle est la source de nombreux problèmes respiratoires, musculo-squelettiques ou psychologiques. Au total, on peut parler sans hésiter d’une surmortalité chez les adultes obèses.

Les déterminants de l’obésité sont multiples et leur interaction complexe. Au-delà de facteurs biologiques ou génétiques individuels que l’on ne peut négliger, l’obésité résulte avant tout d’un déséquilibre entre l’apport alimentaire et la dépense énergétique. Mais ce déséquilibre est fortement conditionné par l’environnement des individus, aussi bien à un stade précoce que tout au long de la vie.

L’étude menée par l’Inserm comprend une analyse particulièrement complète des déterminants économiques du développement de l’obésité.

1. Elle identifie, en premier lieu, un aspect « baisse des prix », constatant que le coût de la calorie s’est considérablement réduit au cours des années. Mais les prix sont également devenus inversement proportionnels à la densité calorique, ce qui signifie que les fruits et légumes, par exemple, sont aujourd’hui incomparablement plus chers que la plupart des produits gras et sucrés. De fait, en cinquante ans, le prix des corps gras a diminué de près de moitié, tandis que le prix des légumes a augmenté d’un tiers.

2. Un deuxième aspect important est la plus grande disponibilité des aliments, évolution aux conséquences très significatives dans l’augmentation de la prévalence de l’obésité. En effet, l’omniprésence des aliments à laquelle s’ajoute un grand choix d’aliments déjà préparés a permis non seulement une plus grande facilité d’accès à la nourriture, voire même l’immédiateté de l’accès à celle-ci avec les distributeurs automatiques, mais également une forte baisse du « prix complet » de l’aliment et donc une plus grande attractivité de celui-ci.

3. Les inégalités sociales de revenu et d’éducation amplifient ces deux aspects. Les études sur les achats alimentaires en fonction du revenu montrent par exemple de façon très claire que la principale différence dans le contenu du « panier d’achat » des ménages se retrouve dans les fruits et légumes frais, en raison de leur prix, mais aussi de leur moindre attrait, lié sans aucun doute à une insuffisante éducation sur leur utilité diététique, à une moindre habitude de consommation, et à la faible présence de ces produits dans les campagnes de promotion alimentaire.

4. Parallèlement, le coût de l’activité physique s’est accru, tant en termes directs que de coût d’opportunité, ce qui a encore contribué à déséquilibrer la relation entre apport et dépense d’énergie.

5. D’autres facteurs environnementaux, et non plus seulement économiques, peuvent être identifiés. Ils concernent en particulier les modes de vie. Ceux-ci sont en effet devenus plus sédentaires, aussi bien dans le travail que dans les loisirs (télévision, jeux vidéo, etc.). En outre, les moyens de transport, notamment automobiles, se sont considérablement développés.

En résumé et de façon schématique, on peut identifier quatre séries de facteurs dont l’analyse permet d’expliquer l’existence ou la progression de l’obésité :

-  des facteurs individuels ;

-  des facteurs liés à la famille et au domicile, c’est-à-dire à l’environnement le plus proche ;

-  des facteurs liés aux amis, aux collègues, au lieu de travail, à l’école - le « micro-environnement » de l’individu ;

-  des facteurs de type culturel, sociétal, politique ou législatif, se retrouvant dans le système alimentaire, les valeurs culturelles, les normes sociales, l’aménagement du territoire, l’urbanisme, etc.

L’ensemble de ces facteurs a un impact sur la prise de poids des individus et peut donc conduire au développement d’une obésité.

LES LIMITES DES POLITIQUES DE PREVENTION ET DE PRISE EN CHARGE

Le nombre et la variété des facteurs explicatifs de l’obésité rendent impossible la définition de programmes de prévention simples destinés à un seul groupe cible. Il s’agit en effet de travailler simultanément sur l’ensemble des causes du phénomène tout en s’adressant à la totalité de la population.

Les multiples facettes de la prévention

Du fait de la multiplicité des facteurs explicatifs de l’obésité, toute politique de prévention doit se définir à partir de plusieurs niveaux d’intervention et donc se décliner en :

1- une prévention ciblée sur les individus et notamment sur les sujets atteints ;

2- une prévention sélective à destination des groupes à plus haut risque ;

3- une prévention universelle pour l’ensemble de la population.

Dans le 1er niveau de prévention sont comprises les actions visant à favoriser une alimentation saine, la pratique d’une activité physique et à permettre une meilleure information de l’individu en tant que consommateur.

Au 2ème niveau, les politiques menées doivent avoir notamment pour but l’amélioration de l’offre alimentaire à l’école et dans les entreprises, un meilleur étiquetage des aliments et un approfondissement des informations nutritionnelles, la valorisation d’un style de vie actif, le développement de la place de l’activité physique scolaire et périscolaire, la création et l’amélioration de l’accessibilité des équipements sportifs, la création et la sécurisation des pistes cyclables et des zones piétonnes.

Au 3ème niveau, les politiques de prévention ont un caractère plus général et touchent, par exemple, à l’organisation et aux programmes scolaires, à la politique d’aide à l’activité physique, à l’organisation des transports, à l’urbanisme et l’aménagement du territoire, à la cohérence des politiques agricole et de santé, à la communication institutionnelle et par les médias, à la réglementation de l’offre alimentaire et de la publicité, à la fiscalité des filières agro-alimentaires.

A titre d’exemple, la prévention de l’obésité chez l’enfant qui doit poursuivre plusieurs objectifs - augmenter l’activité physique, promouvoir une alimentation équilibrée, faire de l’enfant un consommateur critique, réduire les inégalités entre enfants et dépister les enfants à risque - doit comprendre des actions en liaison avec le modèle familial, le milieu scolaire, le milieu associatif, les medias, le système alimentaire, la promotion de la santé, le système de soins, la ville.

La justification économique de la prévention

Sur un plan strictement économique, plusieurs éléments justifient une intervention en faveur de la lutte contre l’obésité :

-  le coût élevé et croissant des maladies liées à l’obésité et des divers coûts associés (équipements adaptés, etc.) ;

-  l’absence de transparence liée à la mauvaise information du consommateur ;

-  la non rationalité du consommateur dont les préférences temporelles sont souvent incohérentes, sans parler des enfants dont les choix sont déterminés par d’autres éléments, le plus souvent subis, comme la promotion publicitaire ou la taille des portions.

Les principaux moyens d’action sont dès lors, d’une part, l’amélioration de l’information et de la transparence, d’autre part, la régulation de certains marchés, ce qui revient à :

-  améliorer la circulation de l’information en rendant l’étiquetage nutritionnel obligatoire, dans le commerce, comme au restaurant ;

-  prévoir une modification des prix relatifs, soit par l’effet d’une taxation des produits les moins bons sur un plan nutritionnel, soit en subventionnant les produits les plus sains mais chers comme les fruits et légumes ;

-  cibler les aides, par exemple en faveur de la restauration scolaire et collective ou des groupes défavorisés, ou bien encore en mettant en place une sorte de tarification nutritionnelle.

Les obstacles à la prise en charge des malades ...

Malheureusement, ces recommandations sont mal ou insuffisamment appliquées, du fait de leur mauvaise lisibilité, de la difficulté du transfert de compétences dans un domaine en grande partie multidisciplinaire, de l’existence de maladies rares associées, d’un problème d’éducation thérapeutique et également d’une insuffisante coordination entre les professionnels concernés.

De fait, comme dans plusieurs autres domaines de santé publique, se pose le problème de la formation des médecins généralistes et de leur capacité à articuler leur intervention avec celle d’autres professionnels de la santé comme les diététiciens.

...

COMMENT RENDRE PLUS EFFICACE LA POLITIQUE DE LUTTE CONTRE L’OBÉSITÉ

Consciente de la nécessité d’enrayer la progression des cas d’obésité dans sa population, la France a mis en place le Programme national nutrition santé (PNNS) en 2000. Divers outils ou recommandations concernant le diagnostic, le traitement, la prise en charge et la prévention de l’obésité ont également été définis.

Ces actions ont eu des effets ciblés mesurables, mais elles sont demeurées trop dispersées pour contrer véritablement l’épidémie.

L’étude menée par l’Inserm permet de dégager deux pistes pour améliorer l’efficacité des politiques menées :
-  une meilleure prise en compte de l’ensemble des déterminants de l’obésité
-  et le renforcement des partenariats entre les différents acteurs impliqués dans la prévention et le traitement de l’obésité.

PRENDRE EN COMPTE L’ENSEMBLE DES FACTEURS FAVORISANT L’OBÉSITÉ

Les actions de prévention et d’accompagnement destinées aux individus qui connaissent déjà des problèmes d’excès de poids sont bien sûr indispensables pour limiter l’ampleur des conséquences médicales les plus graves de l’obésité.

Toutefois, si l’on souhaite réellement circonscrire l’évolution du phénomène, il convient d’agir sur l’ensemble de la population et sur les différents facteurs identifiés comme ayant une part de responsabilité dans sa survenance.

Un approfondissement des connaissances et de la détection des signes précoces de l’obésité

L’obésité est une maladie chronique évolutive qui, dans une grande majorité des cas, débute durant l’enfance ou l’adolescence puis tend à s’aggraver au cours de la vie. La prévention et, le cas échéant, le traitement doivent donc être entrepris dès le plus jeune âge.

Pour ce faire, une attention particulière doit être portée au dépistage et à la prise en charge des enfants et des adolescents présentant les premiers signes de la maladie. Plus largement, il est essentiel d’engager des actions de prévention destinées à l’ensemble de la population, afin de promouvoir dès l’enfance une éducation à la bonne santé reposant sur un comportement alimentaire sain et la pratique d’une activité physique.

...

Une meilleure prise de conscience du rôle de la distribution et de l’industrie agro-alimentaire

Contrairement à certaines idées reçues, la lutte contre l’obésité ne peut se limiter aux incitations individuelles en faveur d’une alimentation équilibrée et de la pratique d’une activité physique régulière.

Il serait en effet angélique d’affirmer que les comportements humains se déterminent en dehors de leur environnement, notamment en matière de consommation alimentaire, dans des sociétés modernes caractérisées par l’accès facile aux produits et la satisfaction immédiate des besoins.

C’est pourquoi, la création d’un environnement plus favorable implique en premier lieu une forte mobilisation des distributeurs et de l’industrie agroalimentaire.

a1. Pour aider le consommateur dans son choix, il convient d’abord de lui délivrer une information complète, visible et compréhensible, grâce à une réglementation plus précise de l’étiquetage et de la publicité, à l’instar des critères fixés par la législation américaine sur l’indication du contenu nutritionnel des produits vendus.

...

a2. Par ailleurs, outre cette information générale, les messages et les outils de prévention doivent être adaptés aux populations fragilisées ou à risque. Enfin, la question de l’élargissement de cette information obligatoire aux aliments servis dans les restaurants, y compris dans le cadre de la restauration scolaire ou collective, devra être posée.

b. Au-delà de l’information, c’est l’offre alimentaire elle-même qui doit mieux tenir compte des objectifs de santé publique. Pour ce faire, les aliments à faible densité énergétique et forte valeur diététique, en particulier les fruits et légumes, doivent être plus facilement accessibles aux ménages les plus modestes.

Cet objectif pourrait être atteint, si l’on part du principe que le consommateur est rationnel, en subventionnant ces produits afin de rendre leur coût compétitif par rapport aux autres aliments et favoriser ainsi leur consommation. Ce mécanisme semble en effet plus efficace que le système consistant à taxer plus fortement les produits caloriques (la « fat tax ») et qui, au final, pénalise les acheteurs plus défavorisés.

La question de l’offre alimentaire se pose également dans les établissements scolaires. Ainsi, si l’article 30 de la loi de santé publique précitée a, à l’initiative de l’Assemblée nationale, interdit la présence de distributeurs automatiques dans les écoles depuis le 1er septembre dernier, il aurait été envisageable - c’était d’ailleurs la position défendue par le Sénat - de conserver ces équipements mais d’en contrôler la nature des produits présentés pour offrir aux élèves un accès direct aux fruits et aux boissons sans sucre ni alcool. Peut-être sera-t-on amené à revoir cette question à l’avenir ?

c. Enfin, il convient d’agir sur le contenu des aliments et des boissons, actuellement trop chargé en sucre, et sur la taille des portions pour que l’ensemble de l’environnement « nutritif » des consommateurs ne favorise pas la prise de poids.

Un mode de vie plus favorable à l’activité physique

a. Parallèlement au message qu’elle doit transmettre sur le contrôle des apports énergétiques, une politique bien pensée de lutte contre l’obésité suppose de favoriser l’activité physique. Dénoncer, une fois encore, nos modes de vie actuels, la quasi-disparition des travaux pénibles - qui oserait d’ailleurs le déplorer ?... -, le développement des transports automobiles ou celui des loisirs « passifs » ne suffira pas à modifier les comportements.

Il est toutefois possible d’intégrer l’objectif de la lutte contre l’obésité dans la politique de la ville et des transports, en encourageant les zones piétonnes et les modes de déplacements actifs, par exemple en investissant dans la construction de pistes cyclables et de parkings à vélos dans la cité.

b. Par ailleurs, l’accessibilité aux équipements sportifs doit être améliorée tant en milieu scolaire, qu’universitaire, professionnel ou urbain. Il s’agit, en diminuant le coût relatif de l’activité physique par rapport aux loisirs passifs (télévision, jeux vidéo, etc.), de donner à chaque Français la possibilité, à tout âge, de pratiquer le sport ou l’activité physique de son choix. Cet accès facilité en termes de prix appelle notamment une réflexion sur le développement d’une aide aux personnes modestes qui souhaitent pratiquer un sport.

Parallèlement, une action devra être menée pour agir sur les comportements et promouvoir les bienfaits de l’activité physique.

RENFORCER LES PARTENARIATS ENTRE LES DIFFERENTS INTERVENANTS DE LA LUTTE CONTRE L’OBESITE

...

Une meilleure coordination entre les professionnels pour une prévention plus efficace

La lutte contre l’obésité mobilise aussi bien le secteur institutionnel - dans les domaines de la santé, de l’éducation nationale, de la recherche, etc. - que des acteurs associatifs et le monde économique. De ce fait, la convergence des actions et la complémentarité des interventions sont essentielles.

Dans deux secteurs prioritaires, une meilleure coordination doit aujourd’hui être recherchée : l’école et la médecine de ville.

a. A l’école, lieu de dépistage et de prévention par excellence, la coopération entre la médecine scolaire et les enseignants est le plus souvent insuffisante et varie d’un département ou d’un établissement à l’autre. Ce type de partenariat gagnerait à être renforcé autour d’un programme de prévention, qui pourrait être conçu au niveau de chaque rectorat en fonction des objectifs fixés par le programme national de nutrition santé (PNNS) et repris dans le plan régional de santé publique correspondant.

Ces programmes pourraient comprendre plusieurs niveaux : le dépistage et la prévention en lien étroit entre la médecine scolaire et les enseignants, mais aussi l’amélioration de la qualité des repas servis à la cantine, en coopération avec les distributeurs et les collectivités territoriales concernés. Pour développer ce type d’actions, il conviendrait de mener une réflexion sur les missions et les effectifs des médecins et infirmières scolaires.

b. Dans le cadre de la médecine de ville, la prévention relève, avant tout, des médecins généralistes. Toutefois, compte tenu de la variété et de la complexité des missions qui leur sont actuellement demandées, il paraîtrait judicieux de développer leurs liens avec les diététiciens, mieux à même de prendre en charge les patients qui nécessitent un suivi plus poussé. A cet égard, une meilleure définition des conditions d’exercice de la profession de diététicien, encore mal reconnue, doit être engagée.

Un accroissement de la recherche interdisciplinaire

...

Un pilotage mieux affirmé de la politique de lutte contre l’obésité

Le Plan national nutrition-santé (PNNS), dans sa forme actuelle, est organisé au niveau interministériel. Dans les faits, cependant, le Ministère de la santé en est le principal moteur.

Toutefois l’impossibilité, pour le ministère de la santé, de faire face à l’ensemble des missions, dont certaines ne sont d’ailleurs pas de son ressort direct, a nui à l’efficacité du PNNS, dont les résultats positifs sont essentiellement liés à la réussite d’initiatives locales et ciblées.

C’est pourquoi, il serait justifié que ce programme soit désormais rattaché directement au Premier ministre.

Plusieurs raisons militent en faveur d’un tel positionnement, similaire à celui décidé il y a quelques années pour les instances de lutte contre l’alcoolisme :

-  établir le PNNS comme « cause nationale » ;

-  renforcer la cohérence des actions menées par les différents acteurs institutionnels et locaux et, plus généralement, la cohérence des politiques nationales. L’exemple le plus manifeste est celui des interactions délicates entre une politique nutritionnelle équilibrée et la politique agricole (comme en témoigne par exemple la campagne en cours en faveur du sucre) ;

-  mettre en oeuvre plus efficacement les recommandations édictées par les instances sanitaires et les règlements disponibles : leur application aurait des conséquences non négligeables, par exemple en matière de restauration scolaire ;

-  garantir la continuité des actions et la pérennité des financements correspondants sur une durée suffisamment longue pour produire des effets durables ;

-  évaluer régulièrement les résultats du PNNS en disposant de l’ensemble des données nécessaires ; l’évaluation des actions engagées est en effet indispensable pour vérifier l’efficacité de la politique menée et mesurer les éventuels effets pervers des mesures mises en oeuvre.


La lutte contre l’obésité est une entreprise difficile car elle nécessite d’agir à la fois sur les comportements et sur l’organisation de la société elle-même.

Elle constitue aujourd’hui une priorité affirmée de la politique de santé publique.

Elle doit devenir demain une priorité de l’ensemble des politiques publiques, afin d’assurer une meilleure cohérence et une plus grande efficacité des actions de prévention.

A défaut de pouvoir éradiquer la maladie, nous devons en effet rechercher aujourd’hui tous les moyens de limiter sa progression.

Dans cet objectif, le débat sur le projet de loi sur le financement de la sécurité sociale pour 2006 sera l’occasion de proposer les mesures législatives susceptibles d’y contribuer.


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Gérard DÉRIOT




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